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Publié le par ulfasso

    Le vieil homme qui était resté à proximité tout au long de l’affrontement s’écria :
            « Hé toi ! Tu me sauves la vie et ne me laisse même pas ton nom ? Comment veux-tu que je sache à qui payer ma dette ? »
            Son bras allait s’agripper au kimono de lin quand Kyosuke se retourna pour fixer le vieillard aux tempes grisonnantes et à l’apparence déraisonnablement faible. Sa main descendit à la garde échauffée du sabre. Les souvenirs de la dextérité de Kyosuke et de la violence du combat étaient encore frais dans la mémoire du vieil homme : il recula, craintif. L’enfant près de l’arbre s’en était retourné à ses jeux et ses amis au village.
            « Holà, jeune loup ! Laisse donc ton ami se reposer en son fourreau. Tu ne voudrais pas qu’il s’épuisât contre les chairs usées d’un vieillard tel que moi ? »
            Sa voix tremblait, trahissant la nervosité qui le rongeait. Ce vagabond ne lui inspirait aucune confiance, il était tel ces chats sauvages qui hantent les villages. Ils tuent les rats et les mulots mais pillent les poubelles, griffent les enfants et mordent la main qui veut les nourrir. Cet individu ne l’avait en fait pas aidé il s’était juste défendu des agressions de ces quatre vauriens. Sous le chapeau de bambou tressé se dissimulait un regard aussi noir que le bois qui fait paraître si sombre le château du Daimyo. Ce n’était en rien pour rassurer. Forçant son ressentiment, il se hasarda à demander :
            « Tu es une fine lame l’ami. Quel est ton nom ? Tu dois être un illustre guerrier. »
            Kyosuke se retourna, ses yeux disparurent.
            «  Qu’est ce qui te fait croire je suis ton ami ? Et il n’y a pas d’illustre guerrier, la guerre n’est que la preuve de l’impuissance de l’homme. Je la méprise. Tout comme toi d’ailleurs. » Chaque mot avait été pesé cent fois et appuyé de manière à toucher droit au but. La voix était grave, rauque. Le vieillard savait de quelle envergure était l’homme qui avait terrassé les quatre gardiens du pont. Il sentait son aura aller bien au-delà de celle de tous les hommes qu’il n’avait jamais croisés, au-delà même de celle du daimyo. Kyosuke était déjà avancé sur le sentier quand l’enfant revint avec ses amis. Sur le pont se détachait la silhouette d’un homme à l’agonie, baignant dans son sang. Il avait fait l’erreur de se lever ce matin.

-2-

            La chaleur de l’été était étouffante et après de longues heures de marche, Kyosuke s’assit sur un petit rocher au pied duquel courrait un petit filet d’eau. Le vent faisait danser les arbres sur une mélodie indicible. Au loin, les bruits de la nature faisaient oublier la présence des hommes ; des hérons, des rossignols tous donnaient vie à la forêt, répondant aux craquements des branches.

            Ne voit pas tes yeux comme des atouts. Ils t’empêchent de voir l’essence des choses. Tu dois écouter le coeur de ton adversaire.
            Mon maître m’a bandé les yeux. Je ne vois rien. Mon esprit est enfumé, mes sens atrophiés, mon souffle est court, le sang dans mes veines tape contre mes tempes. Je sens chaque goutte de transpiration couler sur ma peau. Peu à peu, la nature m’apparaît, d’abord les arbres, leurs feuilles ; puis le vent sur l’herbe ; enfin la rivière plus bas et les femmes qui lavent le linge.
            Concentre toi et sent les choses, écoute ton univers direct.  Que je me concentre. Que je sente. Mais ce vent me hante. Les troncs creux me narguent de leurs voix fantomatiques. Il me jette au visage la faiblesse de mon corps, la volubilité de mon esprit, mon impuissance…la panique me gagne.
            Tu n’es pas concentré !! Et le boken de s’abattre, une fois de plus, sur ma tête sans que je ne sache ni d’où ni comment

            «  Il semblerait que ton armure ait des failles, samouraï ».
            Kyosuke se retourna prestement, chercha son sabre, en vain. Il leva les yeux et devant lui se tenait le petit vieux du pont de bois. Il paraissait moins frêle qu’auparavant. Etait-il possible que cela fût le même homme ?
            « Tiens samouraï, mais il ne te sera d’aucune utilité contre moi, je te l’ai déjà dit. » Il lui jeta son sabre et s’assit sur un carré de tissu aussi vieux que lui. Il fouilla dans son sac et en sortit une boulette de riz et un morceau de viande séchée.
            « Qu-que fais-tu là ?
            _ Je mange, cela ne se voit-il pas ?
            _ Tu m’as compris. Que fais-tu ici, pourquoi m’avoir suivi ?
           _ J’habite dans le village un peu plus loin sur la route. Mais toi, que fais-tu là ? Tu n’es pas du coin. D’où viens-tu ?
            Le vieillard se repaissait de son riz froid et de sa viande avariée. Il mangeait comme les paysans, vite et mal. Le riz parsemait son visage creusé. Ses gros doigts plongeaient dans le sac pour en sortir toute sorte de victuailles. Il ne semblait n’avoir reçu comme éducation que celle de la terre et des bars à filles, pourtant Kyosuke ne l’avait pas entendu arriver.
            « D’où je viens n’a plus grande importance et où je vais ne t’intéresse pas.
             _ Je te trouve bien prétentieux pour affirmer savoir ce qui m’intéresse ou pas. »
       
Le vieillard sondait cet homme attelé à rassembler ses affaires. Lorsque leurs deux regards se croisaient celui du vieil homme se détournait pour déclamer un haïku à la gloire de la nature, de l’été ou de quelque femme qu’il avait rencontré sur son chemin.
            Kyosuke se leva, attacha son sabre à la taille, ramassa sa besace et arrivant à hauteur du vieillard, lâcha :
           
« Que je ne recroise ta route.
           
_ Sait-on jamais ce que le destin nous réserve…>
            Kyo s’en alla et le vieil homme resta assis longtemps perdu entre la question de l’identité de cet homme et celle de la charmante paysanne qui lui servit le thé quelques jours plus tôt.
            L’eau, elle, continuait de couler et les oiseaux de chanter. Le ciel était balayé par un vent de plus en plus fort.
            « Les nuages approchent, se dit-il.

Publié dans moonbeam

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L
eh! c pas parce que tu découvres ce qu'est le travail.....(et encore c qu'un stage!!) que tu dois abandonner ton blog!!<br /> Alors au boulot faignasse! et fais la bise a Paul pour moi!
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T
c marrant mais jé l'impression qu'il se dit la mm chose que Evelyne Dhéliat!!!<br /> Non, bah sinon, c bien mais jé du raté un morceau de l'histoire parce que maintenant ya Kyo alors qu'il y etait pas au début.....<br /> Moué, bon, vé me cacher, bonne poursuite....!
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